par Elisabeth Cerqueira, Dt.P.,
Nutritionniste-Diététiste, Présidente et cofondatrice
« J'oublie de manger pendant des heures, puis je dévore tout ce qui me tombe sous la main. »
« Depuis que je prends ma médication, je n'ai presque plus faim le jour, mais j'ai très faim en soirée. »
Ces situations rappellent une réalité souvent méconnue : le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) ne touche pas uniquement la concentration. Il peut aussi influencer la façon dont une personne planifie ses repas, reconnaît sa faim, organise son quotidien et réagit à son environnement alimentaire.
Pour plusieurs personnes vivant avec un TDAH, la difficulté n'est pas de savoir quoi manger, mais de réussir à manger au bon moment, de préparer un repas avant que la faim ne devienne intense, de faire l'épicerie ou simplement d'interrompre une activité pour passer à table.
Ces comportements peuvent être déstabilisants. Ils sont aussi souvent mal interprétés. Pourtant, ils ne traduisent généralement ni un manque de volonté ni un manque de connaissances. Ils sont plutôt liés aux particularités du fonctionnement cérébral associées au TDAH, auxquelles peuvent s'ajouter les effets de la médication, les émotions, le stress, le sommeil et les nombreuses exigences du quotidien.
Comprendre ces comportements alimentaires constitue une première étape pour retrouver des repères simples, réalistes et adaptés à sa réalité.
Dans cette chronique, nous verrons :
L'objectif n'est pas de viser une alimentation parfaite, mais de construire un environnement qui facilite les choix favorables à la santé, diminue la charge mentale et permet de développer des habitudes durables, une étape à la fois.
Le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) est un trouble neurodéveloppemental qui apparaît pendant l'enfance et peut persister à l'adolescence ainsi qu'à l'âge adulte. Il se caractérise par des difficultés d'attention, de l'impulsivité, de l'hyperactivité ou une combinaison de ces manifestations. Leur intensité varie d'une personne à l'autre et peut évoluer au fil du temps.
Il influence de nombreuses sphères de la vie quotidienne, notamment le milieu scolaire, le travail, les relations interpersonnelles, l'organisation, la gestion du temps et les habitudes de vie, dont l'alimentation.
Les manifestations varient d'une personne à l'autre et peuvent inclure des difficultés d'attention, de l'impulsivité, de l'hyperactivité, de la désorganisation et des oublis.
Le TDAH s'accompagne de défis liés aux fonctions exécutives, c'est-à-dire les capacités qui permettent de planifier, d'organiser, de commencer une tâche, de gérer son temps, de s'adapter aux imprévus et de contrôler ses impulsions.
Ces particularités expliquent en partie pourquoi certaines tâches apparemment simples, comme préparer un repas ou penser à manger, peuvent demander beaucoup plus d'efforts qu'on ne l'imagine.
Avant même de s'asseoir à table, le cerveau doit accomplir une série d'actions qui sollicitent plusieurs fonctions exécutives :
Pour une personne présentant un TDAH, cette succession de petites décisions peut représenter une charge mentale importante.
Il n'est donc pas rare qu'une personne connaisse très bien les principes d'une alimentation équilibrée tout en ayant de la difficulté à les appliquer de façon régulière.
Les fonctions exécutives regroupent un ensemble de capacités cérébrales qui permettent de planifier, d'organiser, de commencer une tâche, de maintenir son attention, de gérer son temps, de contrôler ses impulsions et de s'adapter aux imprévus.
On peut les comparer au chef d'orchestre d’un ensemble musical. Même si chaque musicien maîtrise sa partition, quelqu'un doit coordonner l'ensemble afin que la musique soit harmonieuse.
Préparer un repas implique de penser aux ingrédients, suivre plusieurs étapes, gérer le temps de cuisson, composer avec les imprévus et parfois interrompre une activité jugée plus stimulante.
Lorsque ces fonctions sont plus sollicitées, toutes ces petites décisions peuvent devenir épuisantes.
Il devient alors plus facile de reporter le repas jusqu'à ce que la faim devienne très intense ou de choisir les aliments les plus accessibles, même s'ils ne correspondent pas toujours à ce qui était prévu.
Comprendre cette réalité permet de porter un regard différent sur les comportements alimentaires observés chez plusieurs personnes ayant un TDAH. Il ne s'agit pas d'un manque de motivation, mais d'une façon différente de composer avec les exigences du quotidien.
Lorsqu'une personne me dit :
« Je sais quoi manger, mais je n'arrive jamais à le faire. »
Je cherche d’abord à comprendre ce qui freine le passage à l'action pour orienter l'intervention nutritionnelle :
Accompagner une personne présentant un TDAH consiste à simplifier son environnement alimentaire, à diminuer la charge mentale et à mettre en place des stratégies réalistes qui s'intègrent à son quotidien.
Les comportements alimentaires résultent d'une interaction complexe entre les besoins physiologiques, les émotions, les habitudes, l'environnement et le fonctionnement du cerveau.
Chez les personnes ayant un TDAH, certaines particularités peuvent compliquer l'alimentation au quotidien : les fonctions exécutives, la perception du temps, la régulation émotionnelle, l'impulsivité ainsi que les effets de certains médicaments.
Ainsi, une personne peut :
Ces manifestations ne sont toutefois ni universelles ni spécifiques au TDAH. Elles peuvent également être influencées par le sommeil, l'anxiété, la dépression, le stress chronique, les habitudes familiales, la médication ou encore par la présence d'un trouble des conduites alimentaires.
Chaque situation mérite donc une évaluation individualisée.
En consultation, plusieurs personnes me disent qu'elles ne ressentent pas la faim avant d'être complètement épuisées ou qu'elles réalisent soudainement, en milieu d'après-midi, qu'elles n'ont rien mangé depuis le matin.
Ce phénomène ne signifie pas nécessairement que les signaux de faim sont absents.
Ils peuvent plutôt être moins facilement perçus lorsque l'attention est mobilisée par une autre activité.
Une personne concentrée sur son travail, ses études ou un projet stimulant peut avoir de la difficulté à interrompre son activité, même lorsque son corps commence à réclamer de l'énergie.
Chez d'autres, la médication contribue également à diminuer l'appétit pendant une partie de la journée.
Lorsque plusieurs heures s'écoulent sans manger, il est normal que le corps cherche ensuite à compenser.
Une faim très intense peut alors rendre plus difficile la planification du repas et favoriser des choix dictés par l'urgence plutôt que par les intentions initiales.
C'est pourquoi l'objectif n'est généralement pas de renforcer le contrôle alimentaire, mais plutôt d'éviter que la faim devienne excessive.
La dopamine est souvent présentée comme « l'hormone du plaisir » ou comme l'explication unique des comportements alimentaires observés chez les personnes ayant un TDAH. En réalité, la situation est beaucoup plus complexe.
La dopamine est en fait un neurotransmetteur qui joue un rôle essentiel dans plusieurs fonctions du cerveau, notamment la motivation, les mécanismes de récompense, l'apprentissage, l'attention, la prise de décision et le contrôle des impulsions.
Les recherches montrent que le TDAH est associé à des différences dans le fonctionnement des systèmes dopaminergiques et de certains circuits cérébraux impliqués dans ces fonctions. Ces différences peuvent influencer la façon dont le cerveau traite la motivation, la récompense ou la capacité à maintenir un effort dans le temps.
Il serait toutefois réducteur de résumer le TDAH à un simple « manque de dopamine ». Les connaissances actuelles suggèrent plutôt une dysrégulation de la neurotransmission dopaminergique, dont les mécanismes demeurent complexes et varient d'une personne à l'autre.
Autrement dit, ce n'est pas simplement la quantité globale de dopamine qui est en cause, mais la façon dont certains circuits cérébraux utilisent et régulent cette neurotransmission.
Sur le plan alimentaire, cela peut contribuer à expliquer pourquoi certaines personnes trouvent plus difficile d'attendre qu'un repas soit prêt, de planifier un repas ou de résister à un aliment immédiatement disponible et très gratifiant.
Cependant, la dopamine n'explique pas à elle seule les comportements alimentaires associés au TDAH.
Les recherches montrent plutôt que ces comportements résultent de l'interaction entre les fonctions exécutives, la régulation émotionnelle, le sommeil, le stress, l'environnement alimentaire, la médication et d'autres facteurs individuels.
Les études montrent une association entre le TDAH, la perte de contrôle alimentaire et certains troubles des conduites alimentaires. Cette relation semble elle aussi multifactorielle et ne peut être réduite à une explication unique fondée sur la dopamine.
Comprendre cette complexité aide à éviter les raccourcis souvent véhiculés sur les réseaux sociaux, comme l'idée que les personnes présentant un TDAH rechercheraient automatiquement les aliments sucrés parce qu'elles « manquent de dopamine ». Les comportements alimentaires sont beaucoup plus nuancés et s'expliquent par l'interaction de nombreux mécanismes biologiques, psychologiques et environnementaux.
Les études montrent une association entre le TDAH, la perte de contrôle alimentaire et certains troubles des conduites alimentaires, notamment le trouble d'accès hyperphagiques. Cette association est observée tant chez les adolescents que chez les adultes.
Il est toutefois important de distinguer une association d'une relation de cause à effet.
Les recherches ne permettent pas de conclure que le TDAH provoque directement un trouble d'accès hyperphagiques. Elles montrent plutôt que ces deux réalités coexistent plus fréquemment que dans la population générale.
Cette relation est également multifactorielle et pourrait faire intervenir :
Elle ne peut donc pas être réduite à une explication unique fondée sur la dopamine.
Il est également important de rappeler que la perte de contrôle alimentaire ne correspond pas nécessairement à un trouble d'accès hyperphagiques.
Par exemple, une personne qui saute plusieurs repas ou dont la médication diminue fortement l’appétit peut arriver en fin de journée avec une faim physiologique importante. Dans un tel contexte, manger une grande quantité d'aliments représente souvent une réponse normale de l'organisme à un apport énergétique insuffisant plutôt qu'un trouble des conduites alimentaires.
Avant d'attribuer ces comportements au TDAH ou de conclure à la présence d'un trouble d'accès hyperphagiques, il est donc essentiel d'évaluer l'ensemble du contexte clinique : la régularité des repas, les effets de la médication, les habitudes alimentaires, les facteurs émotionnels, les comorbidités et les autres symptômes présents.
Cette évaluation permet de distinguer une compensation physiologique, un épisode de perte de contrôle alimentaire ou un véritable trouble d'accès hyperphagiques nécessitant une prise en charge spécifique.
Lorsqu'une personne me consulte pour des épisodes de perte de contrôle alimentaire, je ne présume jamais que le TDAH en est l'unique explication.
Je cherche d'abord à comprendre ce qui se passe avant ces épisodes.
La personne mange-t-elle suffisamment pendant la journée?
Sa médication diminue-t-elle son appétit?
Vit-elle une période de stress important?
Existe-t-il des restrictions alimentaires ou une peur de certains aliments?
Présente-t-elle des difficultés liées aux fonctions exécutives ou un trouble des conduites alimentaires?
Ces questions sont essentielles puisque les interventions dépendront de la cause sous-jacente.
Souvent, la première étape consiste simplement à rétablir une structure alimentaire plus régulière afin d'éviter qu'une faim physiologique importante ne favorise des épisodes de perte de contrôle alimentaire.
L'objectif n'est pas de renforcer le contrôle autour de l'alimentation, mais de construire une routine plus prévisible, qui répond aux besoins physiologiques tout en diminuant la charge mentale.
Chez les personnes vivant avec un TDAH, plusieurs facteurs peuvent contribuer à une augmentation de l'appétit en fin de journée.
Par exemple :

Dans bien des cas, cette situation ne traduit pas un manque de volonté, mais résulte plutôt de l'accumulation de plusieurs facteurs biologiques, psychologiques et environnementaux.
Comprendre cette réalité aide souvent à remplacer le sentiment de culpabilité par des stratégies beaucoup plus efficaces, comme prévoir un déjeuner plus nourrissant, intégrer des collations lorsque l'appétit le permet ou adapter les horaires de repas en fonction des effets de la médication.
Une alimentation équilibrée est essentielle au bon fonctionnement du cerveau, au maintien de l'énergie et à la santé globale. Chez les personnes ayant un TDAH, elle peut aussi contribuer à mieux gérer certains défis du quotidien, comme les repas irréguliers, les longues périodes sans manger, les variations d'appétit ou les effets de certains médicaments.
Cependant, il est important de distinguer les bienfaits d'une alimentation équilibrée sur la santé des traitements du TDAH.
À l'heure actuelle, aucun aliment, régime ou supplément n'a démontré qu'il pouvait traiter ou guérir le TDAH à lui seul.
Selon les besoins de chaque personne, la prise en charge peut comprendre la médication, des interventions psychologiques ou comportementales, des adaptations scolaires ou professionnelles, de l'accompagnement parental, des habitudes de vie favorables ainsi qu'un suivi nutritionnel lorsque cela est indiqué.
La nutrition s'intègre donc dans une approche globale. Elle peut soutenir le bien-être, mais ne remplace pas les traitements médicaux ou psychologiques lorsqu'ils sont nécessaires.
Les études observationnelles rapportent une association entre le TDAH et une qualité globale de l'alimentation moins favorable.
Les personnes ayant un TDAH consommeraient, en moyenne, davantage d'aliments ultra transformés et de boissons sucrées, et moins de légumes, de fruits, de légumineuses et de grains entiers.
Ces résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence.
Une association ne signifie pas qu'un lien de cause à effet existe.
Il est aussi plausible que les difficultés d'organisation, la planification des repas, la sélectivité alimentaire, les effets de la médication ou les fonctions exécutives rendent plus difficile le maintien d'une alimentation équilibrée.
Autrement dit, une alimentation de moindre qualité pourrait être une conséquence du TDAH plutôt que sa cause.
À ce jour, les modèles alimentaires riches en légumes, fruits, légumineuses, grains entiers, noix, graines, poissons et aliments peu transformés, comme le modèle méditerranéen, demeurent des choix intéressants pour soutenir la santé cardiovasculaire, métabolique et cérébrale.
Ils ne constituent toutefois pas un traitement spécifique du TDAH.
Les protéines sont essentielles au bon fonctionnement de l'organisme. Elles contribuent à la croissance, au maintien de la masse musculaire, à la réparation des tissus et à la synthèse de nombreuses molécules indispensables au fonctionnement du cerveau.
Les protéines alimentaires fournissent des acides aminés, qui servent notamment de précurseurs à plusieurs neurotransmetteurs, dont la dopamine et la noradrénaline, impliqués dans l'attention, la motivation et les mécanismes de récompense.
Cette réalité amène parfois à croire qu'une alimentation plus riche en protéines pourrait améliorer directement les symptômes du TDAH.
À ce jour, les données scientifiques ne permettent toutefois pas de confirmer cette hypothèse.
Les études disponibles ne montrent pas qu'une alimentation riche en protéines constitue, à elle seule, un traitement du TDAH.
En revanche, intégrer une source de protéines à chaque repas ou collation demeure une stratégie nutritionnelle pertinente. Les protéines favorisent la satiété, contribuent à un apport énergétique plus stable au cours de la journée et facilitent l'atteinte des besoins nutritionnels, particulièrement chez les personnes dont l'appétit est diminué par la médication ou qui ont tendance à sauter des repas.
Parmi les bonnes sources de protéines, on retrouve les œufs, les produits laitiers, le poisson, la volaille, le tofu, les edamames, les légumineuses, les noix et les graines.
L'objectif n'est donc pas d'augmenter les protéines dans l'espoir de traiter le TDAH, mais plutôt de construire des repas complets qui soutiennent l'énergie, la satiété et les apports nutritionnels tout au long de la journée.
De nombreux suppléments sont proposés pour améliorer les symptômes du TDAH.
Les plus étudiés comprennent notamment :
Les résultats des études demeurent toutefois hétérogènes.
Certaines études et revues systématiques rapportent des effets modestes ou possibles pour certains suppléments, alors que d'autres ne montrent pas de bénéfice clinique suffisamment constant pour justifier leur utilisation de façon systématique.
Ces différences s'expliquent par la grande variabilité des études disponibles :
À l'heure actuelle, les données ne permettent pas de recommander de façon générale les micronutriments, les acides gras oméga-3, les probiotiques ou les prébiotiques comme traitement du TDAH.
Cela ne signifie pas que ces approches sont inutiles.
Certaines personnes présentant une carence documentée, des apports insuffisants ou des facteurs de risque particuliers peuvent bénéficier d'une supplémentation ciblée, dans le cadre d'une évaluation clinique individualisée.
Cette approche est plus prudente qu'une supplémentation systématique.
Les suppléments ne sont d'ailleurs pas dénués de risques. À fortes doses, certains peuvent entraîner des effets indésirables ou interagir avec des médicaments.
Avant de commencer une supplémentation, il est donc recommandé d'en discuter avec un médecin, un pharmacien ou une nutritionniste-diététiste.
Les régimes d'élimination suscitent beaucoup d'intérêt, mais aussi de nombreuses questions.
Le principe est simple : retirer temporairement certains aliments susceptibles d'être associés aux symptômes, puis les réintroduire progressivement afin d'observer si certains déclenchent une réaction chez une personne donnée.
Les approches les plus étudiées comprennent notamment les régimes oligoantigéniques (few-foods diet), qui limitent pendant une courte période le nombre d'aliments consommés avant de procéder à une réintroduction structurée.
Les résultats publiés jusqu'à maintenant demeurent nuancés.
Dans l'ensemble, les revues récentes concluent que les approches d'élimination pourraient présenter un intérêt chez certaines personnes soigneusement sélectionnées, mais que les données demeurent insuffisantes pour les recommander de façon générale.
Il est également important de rappeler que ces interventions ne consistent pas simplement à retirer quelques aliments.
Elles reposent sur une démarche structurée comprenant :
Sans cette étape de réintroduction, il devient impossible de déterminer si un aliment est réellement impliqué ou si l'amélioration observée est attribuable à d'autres facteurs.
Les régimes d'élimination peuvent sembler simples sur les réseaux sociaux.
En pratique, ils sont beaucoup plus complexes.
Retirer plusieurs groupes d'aliments sans planification peut entraîner :
Chez les enfants, ces restrictions peuvent également avoir des répercussions sur la croissance si elles sont prolongées ou mal encadrées.
C'est pourquoi ces approches devraient toujours être envisagées dans le cadre d'une évaluation médicale et nutritionnelle, avec des objectifs précis, une durée limitée et une réintroduction méthodique des aliments.
Les liens entre le microbiote intestinal et la santé mentale font l'objet de nombreuses recherches.
Cette hypothèse a naturellement suscité un intérêt pour les probiotiques et les prébiotiques dans le traitement du TDAH.
À ce jour, les résultats demeurent toutefois hétérogènes.
Certaines études montrent des effets modestes sur certains symptômes, alors que d'autres ne montrent aucune différence significative par rapport au placebo.
Les revues systématiques les plus récentes concluent que les données disponibles sont encore limitées par le faible nombre d'études, leur petite taille ainsi que la grande variabilité des souches, des doses et des populations étudiées.
En l'état actuel des connaissances, les probiotiques et les prébiotiques ne peuvent donc pas être recommandés comme traitement du TDAH.
Ils peuvent avoir leur place dans d'autres contextes cliniques, mais leur utilisation ne devrait pas être présentée comme une approche dont l'efficacité est démontrée pour les symptômes du TDAH.
Les colorants alimentaires surgissent fréquemment dans les discussions entourant le TDAH.
Certaines études suggèrent qu'ils pourraient influencer les comportements de quelques enfants, particulièrement ceux présentant une sensibilité individuelle.
Cependant, les résultats demeurent variables et les effets observés sont généralement modestes.
Les données actuelles ne permettent pas de conclure que les colorants alimentaires causent le TDAH ni que leur élimination améliore systématiquement les symptômes.
Lorsqu'une sensibilité particulière est soupçonnée, une évaluation individualisée est préférable à une exclusion préventive de nombreux aliments.
Encore une fois, l'objectif est d'éviter les restrictions inutiles tout en demeurant attentif aux réactions propres à chaque personne.
Les personnes vivant avec un TDAH reçoivent souvent beaucoup de conseils alimentaires. Pourtant, les stratégies les plus utiles sont généralement les plus simples : réduire le nombre de décisions, rendre les aliments accessibles et accepter que certains repas soient très simples.
Lorsqu'on vit avec un TDAH, l'objectif n'est pas de suivre un plan alimentaire parfait, mais de mettre en place un environnement qui facilite les repas, diminue la charge mentale et permet de répondre plus facilement aux besoins de l'organisme.
Les stratégies les plus efficaces sont souvent les plus simples.
Décider quoi manger plusieurs fois par jour peut devenir épuisant lorsque les fonctions exécutives sont déjà très sollicitées.
Il peut être utile de préparer une courte liste de repas et de collations appréciés par toute la famille.
Par exemple :
Manger souvent les mêmes repas n'est pas un échec. Pour plusieurs personnes vivant avec un TDAH, cette répétition constitue une stratégie efficace pour diminuer la charge mentale.
Une faim très intense augmente souvent l'impression d'urgence et peut rendre plus difficile la préparation d'un repas.
Au besoin, des rappels au téléphone, une pause prévue à l'horaire ou une collation préparée à l'avance peuvent aider à maintenir une routine plus régulière.
L'objectif n'est pas de manger à heure fixe à tout prix, mais d'éviter les longues périodes sans apport énergétique lorsque cela entraîne une faim difficile à gérer.
L'environnement influence nos choix alimentaires.
Réduire le nombre d'étapes entre la faim et le repas facilite souvent les choix alimentaires.
Quelques exemples :
Les réseaux sociaux donnent parfois l'impression qu'un repas équilibré doit être élaboré.
Un repas simple peut très bien répondre aux besoins nutritionnels.
Quelques exemples :
Lorsque la préparation d'un repas représente un obstacle important, simplifier devient souvent une stratégie beaucoup plus efficace que chercher à cuisiner davantage.
Associer plusieurs groupes d'aliments permet généralement d'obtenir un repas plus satisfaisant.
Une structure simple peut inclure :
Cette approche favorise un apport nutritionnel plus complet tout en contribuant à la satiété.
Chez certaines personnes, la médication utilisée pour traiter le TDAH diminue l'appétit pendant plusieurs heures.
Il peut alors être utile de profiter des moments où l'appétit est meilleur pour offrir des repas ou des collations plus nourrissants.
Par exemple :
Ces ajustements devraient toujours être discutés avec l’équipe traitante.
Il est important de ne jamais modifier ou interrompre une médication sans l'avis du médecin ou du pharmacien.
Non. Chaque personne vivant avec un TDAH est différente.
Certaines n'éprouvent que peu de difficultés alimentaires, tandis que d'autres trouvent plus difficile de planifier les repas, de reconnaître leur faim, de gérer leur appétit ou de cuisiner régulièrement.
L'alimentation est influencée par plusieurs facteurs, dont les fonctions exécutives, les habitudes de vie, le sommeil, la médication et l'environnement.
Certaines personnes vivant avec un TDAH deviennent tellement absorbées par une activité qu'elles remarquent moins facilement les signaux de faim ou ont de la difficulté à interrompre ce qu'elles font pour prendre un repas.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation. Chez certaines personnes, la médication diminue l'appétit pendant une partie de la journée. Chez d'autres, les repas sont simplement retardés ou oubliés.
Lorsque les besoins énergétiques ne sont pas couverts au cours de la journée, il est normal que le corps cherche ensuite à compenser.
Certaines personnes rapportent que la caféine améliore temporairement leur vigilance.
Toutefois, elle ne constitue pas un traitement du TDAH et peut provoquer des effets indésirables, comme de l'anxiété, de la nervosité, des palpitations ou des troubles du sommeil.
Chez les personnes qui prennent une médication pour le TDAH, il est préférable de discuter de la consommation de caféine avec leur équipe soignante.
Le sucre est souvent pointé du doigt lorsqu'on parle du TDAH. Pourtant, les données scientifiques actuelles ne permettent pas de conclure que la consommation de sucre cause le TDAH ou aggrave systématiquement ses symptômes.
Les études montrent des résultats variables et il est difficile de distinguer l'effet du sucre de celui d'autres facteurs, comme le contexte du repas, le sommeil, l'activité physique ou les attentes des parents dans les études réalisées chez l'enfant.
Plutôt que d'éliminer le sucre de façon systématique, il est préférable de privilégier une alimentation variée et équilibrée, adaptée aux besoins, aux préférences et aux habitudes de vie de chaque personne.
Certaines études rapportent des effets modestes, tandis que d'autres n'observent pas de bénéfice clinique significatif. À ce jour, les données ne permettent pas de recommander une supplémentation systématique. Une évaluation individualisée demeure préférable.
Les recherches sur le microbiote intestinal sont prometteuses, mais les données actuelles demeurent insuffisantes. Les études disponibles sont peu nombreuses et utilisent des souches, des doses et des protocoles très différents.
Les données scientifiques ne permettent pas de conclure que les colorants alimentaires causent le TDAH ni que leur élimination améliore systématiquement les symptômes. Une approche individualisée est préférable aux exclusions généralisées.
Il est important de ne pas interrompre la médication sans l'avis du médecin. Une nutritionniste-diététiste peut proposer des stratégies comme adapter les horaires des repas, privilégier les moments où l'appétit est meilleur ou augmenter la densité nutritionnelle des aliments.
Chez l'enfant, le suivi de la croissance demeure essentiel.
Les études montrent une association complexe et multifactorielle entre le TDAH et certains troubles des conduites alimentaires, notamment le trouble d'accès hyperphagiques.
Toutes les personnes vivant avec un TDAH ne développeront pas un trouble des conduites alimentaires, et toutes les personnes présentant un trouble d'accès hyperphagiques ne vivent pas avec un TDAH.
Une évaluation clinique permet de comprendre les facteurs en cause et de proposer un accompagnement adapté.
Une consultation peut être particulièrement utile lorsque le TDAH s'accompagne :
La nutritionniste-diététiste évalue l'alimentation dans son ensemble (habitudes alimentaires, effets de la médication, fonctions exécutives, symptômes digestifs, contexte familial, objectifs).
Lorsque cela est indiqué, elle peut également travailler en collaboration avec le médecin, le pharmacien, le psychologue, l'ergothérapeute ou d'autres professionnels impliqués dans les soins.
La première consultation vise d’abord à comprendre votre réalité.
Elle permet notamment de discuter :
L'objectif est d'identifier quelques changements réalistes qui pourront s'intégrer progressivement à votre quotidien.
Le suivi permet ensuite d'ajuster ces stratégies selon ce qui fonctionne pour vous.
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Le TDAH peut influencer l'alimentation de nombreuses façons.
Les fonctions exécutives, l'impulsivité, la régulation émotionnelle, les effets de la médication, la perception de la faim, le sommeil et l'environnement alimentaire peuvent tous contribuer aux comportements observés.
À ce jour, aucun aliment, régime ou supplément ne permet de traiter le TDAH à lui seul.
En revanche, une alimentation équilibrée, une structure de repas adaptée, des stratégies qui réduisent la charge mentale et un accompagnement personnalisé peuvent contribuer à faciliter le quotidien et à soutenir la santé globale.
L'objectif n’est pas de manger parfaitement, mais de construire des habitudes réalistes, durables et adaptées à votre fonctionnement.
Parce qu’une stratégie nutritionnelle efficace doit être applicable… même les journées où tout semble plus difficile.
Après avoir accompagné de nombreuses personnes vivant avec un TDAH, une chose revient constamment.
Les difficultés alimentaires reflètent rarement un manque de motivation.
Elles reflètent souvent un quotidien exigeant, des fonctions exécutives sollicitées, des effets de la médication ou une charge mentale importante.
La bonne intervention consiste à retirer les obstacles qui rendent les repas plus compliqués.
Lorsque l'alimentation devient plus simple, plus prévisible et mieux adaptée au fonctionnement de la personne, il est plus facile de manger suffisamment, de retrouver des repères… et de diminuer la culpabilité.
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