par Marlene Bouillon, Dt.P., Ph.D.,
Nutritionniste-Diététiste et docteure en physiologie/endocrinologie, Directrice scientifique
Pendant des décennies, on l’a appelé syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). Pourtant, les fameux « kystes » ne sont ni nécessaires au diagnostic ni de véritables kystes, et le nom lui-même ne rend pas justice à la complexité de cette condition.
En 2026, un vaste consensus international a donc proposé un nouveau nom : syndrome métabolique ovarien polyendocrinien (SMOP), ou polyendocrine metabolic ovarian syndrome (PMOS) en anglais. Ce changement résulte d’un processus international auquel ont participé 56 organisations académiques, cliniques et de patientes.
Ce changement de vocabulaire est loin d’être anodin. Il rappelle surtout que le SMOP ne concerne pas uniquement les ovaires. Il s’agit d’une condition complexe dans laquelle interagissent les fonctions reproductives, hormonales et métaboliques. Le nouveau nom vise précisément à mieux refléter cette physiopathologie multisystémique tout en faisant disparaître la référence trompeuse aux « kystes ».
Le SMOP touche environ une femme sur huit. Ses manifestations varient considérablement d’une femme à l’autre. On peut notamment observer des cycles menstruels irréguliers ou absents et une ovulation irrégulière, une augmentation des androgènes pouvant se manifester par de l’acné, une pilosité accrue ou une perte de cheveux, une morphologie ovarienne particulière à l’échographie, des difficultés de fertilité ainsi que des perturbations métaboliques.
À cela peuvent s’ajouter des enjeux de sommeil, d’image corporelle, d’anxiété, de dépression ou de comportements alimentaires perturbés. Les lignes directrices internationales insistent d’ailleurs sur la nécessité de considérer le SMOP bien au-delà de ses manifestations reproductives.
Le diagnostic repose sur une évaluation médicale complète et sur l’exclusion d’autres causes pouvant expliquer les manifestations observées. Toutes les femmes atteintes ne présentent donc pas exactement le même tableau clinique.
C’est une idée reçue particulièrement tenace. Le SMOP peut se présenter chez des femmes de toutes les corpulences. Une femme mince peut elle aussi présenter une hyperandrogénie, des troubles ovulatoires et des anomalies métaboliques.
Le poids ne permet donc ni de confirmer ni d’exclure le SMOP.
Cette nuance est essentielle, car une femme mince peut voir ses enjeux métaboliques sous-estimés, tandis qu’une femme vivant dans un corps plus gros peut voir l’ensemble de ses symptômes attribués à son poids.
Les lignes directrices internationales recommandent d’ailleurs explicitement de reconnaître et de réduire la stigmatisation liée au poids dans la prise en charge du SMOP et préconisent des soins adaptés aux objectifs, aux préférences et au contexte de chaque femme.
L’insuline permet notamment au glucose présent dans le sang d’entrer dans les cellules pour être utilisé comme source d’énergie.
Lorsqu’une résistance à l’insuline est présente, les cellules répondent moins efficacement à son action. Le pancréas peut alors produire davantage d’insuline afin de maintenir la glycémie dans des valeurs adéquates.
Cette hyperinsulinémie peut à son tour influencer la production d’androgènes et contribuer à certaines manifestations du SMOP. Voilà pourquoi les dimensions métaboliques et reproductives du syndrome sont intimement liées.
À plus long terme, le SMOP est également associé à une augmentation du risque de dysglycémie (anomalies de la régulation du taux de sucre dans le sang), de diabète de type 2 et de certains facteurs de risque cardiovasculaire. Un suivi de la santé métabolique demeure donc pertinent, indépendamment de la corpulence.
C’est ici qu’il faut résister à une autre idée très populaire sur Internet : il n’existe pas de « régime SMOP » universel.
Les recommandations internationales de 2023 sont très claires : les données actuelles ne permettent pas de conclure qu’une composition alimentaire particulière est supérieure aux autres pour améliorer les paramètres anthropométriques, métaboliques, hormonaux, reproductifs ou psychologiques du SMOP.
Autrement dit, il n’est pas nécessaire de bannir les glucides, le gluten, les produits laitiers ou une longue liste d’aliments pour « équilibrer ses hormones ».
L’intervention nutritionnelle vise plutôt à construire une alimentation équilibrée, suffisamment nutritive, flexible et adaptée à la réalité de chaque femme.
Selon le portrait clinique, certaines stratégies peuvent notamment être pertinentes : favoriser les aliments riches en fibres, privilégier davantage les grains entiers et les glucides à indice glycémique plus faible, adapter la quantité et la répartition des glucides, inclure suffisamment de protéines et de gras insaturés et consommer régulièrement légumes, fruits, légumineuses, noix et graines.
Une alimentation de type méditerranéen peut ainsi constituer un cadre intéressant en raison de sa richesse en végétaux, légumineuses, grains entiers, noix, huile d’olive et poisson. Elle n’est toutefois ni un traitement obligatoire ni la seule alimentation valable pour le SMOP.
La British Dietetic Association (BDA) insiste elle aussi sur l’importance d’une approche alimentaire équilibrée et individualisée plutôt que sur une alimentation restrictive.

Pas nécessairement.
Chez certaines femmes vivant avec un surplus de poids, une diminution pondérale peut améliorer certains paramètres métaboliques ou reproductifs. Mais les bénéfices associés aux habitudes de vie ne dépendent pas uniquement d’une perte de poids.
Les lignes directrices recommandent des habitudes alimentaires favorables à la santé et de l’activité physique chez toutes les femmes atteintes de SMOP, notamment pour la santé métabolique, la qualité de vie et la prévention de la prise de poids. Chez les femmes qui ne présentent pas de poids élevé, l’accent doit notamment porter sur des habitudes de vie favorables à la santé plutôt que sur la perte pondérale.
L’objectif n’est donc pas de prescrire automatiquement un déficit calorique ou une répartition rigide des macronutriments, mais de déterminer quelles interventions sont pertinentes pour cette femme, avec ce portrait clinique, à ce moment de sa vie.
L’alimentation restreinte dans le temps suscite beaucoup d’intérêt, y compris pour le SMOP.
Une revue systématique et méta-analyse publiée en 2026 rapporte des résultats encourageants pour certains paramètres anthropométriques, métaboliques et hormonaux. Cependant, les auteurs soulignent eux-mêmes que les données demeurent limitées. Il est donc prématuré d’en faire une stratégie nutritionnelle de référence pour le SMOP.
En pratique, le contexte individuel demeure primordial, particulièrement en présence de fringales importantes, d’une relation difficile avec l’alimentation ou d’antécédents de comportements alimentaires perturbés.
C’est probablement l’un des sujets où Internet va beaucoup plus vite que les données scientifiques.
Inositol, berbérine, N-acétylcystéine (NAC), vitamine D, oméga-3, magnésium, chrome, curcumine, cannelle, thé vert, sélénium, fenugrec… la liste des produits proposés pour « traiter naturellement » le SMOP est impressionnante.
Or, supplément populaire ne signifie pas supplément démontré. Une amélioration statistiquement significative d’un biomarqueur dans une petite étude de courte durée n’équivaut pas nécessairement à un bénéfice clinique démontré.

L’inositol est probablement celui qui mérite le plus de nuances.
Les recommandations internationales indiquent que l’inositol peut être considéré selon les préférences de la femme. Certains paramètres métaboliques pourraient s’améliorer et les effets indésirables semblent limités, mais les bénéfices cliniques concernant notamment l’ovulation, l’hirsutisme ou le poids demeurent limités ou incertains. Elles précisent surtout que les données ne permettent pas de recommander une forme, une dose ou une combinaison particulière.
La revue systématique réalisée spécifiquement pour éclairer les recommandations internationales arrive elle aussi à une conclusion prudente : les données sur l’inositol sont limitées et incertaines.
Voilà une nuance importante : prometteur ne signifie pas démontré pour toutes les femmes ni à toutes les doses.
Cette comparaison, très répandue sur Internet, mérite beaucoup de prudence.
Certaines études ont observé des effets sur la résistance à l’insuline, les lipides sanguins, les androgènes ou d’autres paramètres métaboliques. Cependant, les données disponibles présentent des limites méthodologiques et ne permettent pas de considérer la berbérine comme un substitut démontré à la metformine.
De plus, « naturel » n’est pas synonyme d’inoffensif. La possibilité d’interactions médicamenteuses, la qualité variable des suppléments et le contexte de grossesse ou de conception doivent être considérés.
La NAC fait également l’objet de recherches.
Une méta-analyse de 2025 regroupant 22 études et 2 515 participantes rapporte certains effets sur des paramètres reproductifs et hormonaux, mais plusieurs résultats demeurent variables selon les comparateurs et les marqueurs étudiés. Les auteurs la présentent comme une avenue potentielle plutôt que comme un traitement établi.
Il s’agit donc davantage d’une piste à évaluer individuellement que d’un incontournable du SMOP.
La vitamine D mérite une distinction importante : corriger une carence n’est pas la même chose que prescrire de la vitamine D pour traiter le SMOP.
Lorsqu’une carence ou un apport insuffisant est identifié, une supplémentation peut être indiquée. En revanche, les données ne justifient pas de considérer la vitamine D comme un traitement universel du syndrome.
Les oméga-3 ont été étudiés pour leurs effets potentiels sur les triglycérides, certains paramètres métaboliques et l’inflammation. Les résultats sont intéressants, mais ils ne justifient pas une supplémentation systématique chez toutes les femmes atteintes de SMOP.
Les poissons riches en oméga-3 ainsi que des sources végétales comme les noix de Grenoble, les graines de chia et les graines de lin peuvent par ailleurs contribuer aux apports alimentaires.
Plusieurs de ces produits ont fait l’objet d’essais ou de synthèses rapportant des variations favorables de certains biomarqueurs. Cependant, la qualité des données, la taille des études, les formulations utilisées, les doses et la durée des interventions sont variables.
Cela ne permet pas de transformer chacun de ces résultats en recommandation clinique générale.
Avant d’utiliser un supplément, les bonnes questions sont plutôt : Y a-t-il une carence? Quel est l’objectif clinique? Quelle est la qualité des données? Quelle dose a réellement été étudiée? Existe-t-il des interactions ou des contre-indications? Une grossesse est-elle envisagée?
C’est beaucoup plus pertinent que d’empiler plusieurs suppléments parce qu’ils portent l’étiquette « SMOP ».
Le passage du SOPK au SMOP nous invite finalement à regarder cette condition autrement.
Il ne s’agit ni d’une maladie définie par des « kystes », ni d’une condition réservée aux femmes vivant avec un surplus de poids, ni d’un problème pouvant être corrigé par une alimentation miracle ou une poignée de suppléments.
Le SMOP est une condition hormonale, reproductive et métabolique complexe, dont les manifestations et les priorités thérapeutiques diffèrent considérablement d’une femme à l’autre.
Et c’est précisément pourquoi l’intervention nutritionnelle gagne à être individualisée plutôt que restrictive.
Il n’existe pas un seul test permettant de diagnostiquer le SMOP. L’évaluation tient compte notamment des cycles menstruels et de l’ovulation, des signes cliniques ou biochimiques d’hyperandrogénie et, selon la situation, de l’apparence des ovaires à l’échographie ou de certains marqueurs. D’autres causes pouvant produire des manifestations semblables doivent également être exclues. Les critères et examens pertinents varient notamment selon l’âge et la situation clinique.
Le SMOP ne doit pas être considéré uniquement comme une condition des années reproductives. Certaines manifestations évoluent avec l’âge, mais les antécédents de SMOP demeurent pertinents pour la santé à long terme, notamment sur le plan métabolique. Le suivi doit donc évoluer avec les différentes étapes de la vie plutôt que simplement s’arrêter à la ménopause.
Non. Les troubles de l’ovulation associés au SMOP peuvent rendre la conception plus difficile chez certaines femmes, mais SMOP ne signifie pas infertilité. Plusieurs femmes conçoivent spontanément et, lorsque des difficultés surviennent, différentes options thérapeutiques efficaces existent.
Les données actuelles ne justifient pas leur élimination systématique chez les femmes atteintes de SMOP. En l’absence d’une condition médicale ou d’une intolérance qui le justifie, retirer inutilement des groupes d’aliments peut compliquer l’alimentation sans bénéfice démontré. Les recommandations privilégient une approche alimentaire flexible et individualisée plutôt qu’un régime d’exclusion.
L’inositol a été étudié seul et en association avec d’autres traitements, mais les données demeurent insuffisantes pour proposer une combinaison universelle, une dose ou une formulation précise. La décision devrait tenir compte des objectifs thérapeutiques, des médicaments utilisés, de la tolérance et du contexte clinique et être discutée avec les professionnels de la santé concernés.
Une nutritionniste-diététiste peut vous aider à adapter votre alimentation à votre portrait métabolique, vos symptômes, vos habitudes de vie, votre relation avec l’alimentation et, s’il y a lieu, votre projet de fertilité. Elle peut également vous aider à faire le tri parmi les nombreux suppléments proposés pour le SMOP.
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