par Marlene Bouillon, Dt.P., Ph.D.,
Nutritionniste-Diététiste et docteure en physiologie/endocrinologie, Directrice scientifique
« Riche en protéines », « naturel », « sans sucre ajouté », une excellente note sur une application… puis, juste à côté, cette nouvelle loupe noire qui nous indique « Élevé en ». Devant autant de messages, comment savoir lesquels méritent réellement notre attention?
Faire l’épicerie est devenu un véritable exercice de décodage. L’emballage nous renseigne, nous interpelle et, bien sûr, cherche aussi à nous convaincre. À cela s’ajoutent maintenant les applications qui évaluent les produits en quelques secondes.
Ces outils peuvent être utiles. Le problème survient lorsque l’information devient un verdict : un aliment obtient une bonne ou une mauvaise note, porte une loupe ou non, contient beaucoup de protéines ou pas assez… et nous en concluons qu’il est « bon » ou « mauvais ». Or, la qualité d’un aliment et surtout sa pertinence pour une personne se résume rarement à un symbole, à un chiffre ou à une allégation.
Avant de regarder ce que l’emballage met volontairement en évidence, retournons-le.
Le tableau de la valeur nutritive et la liste des ingrédients fournissent des renseignements standardisés qui permettent notamment de comparer des produits semblables. La première chose à vérifier est la portion indiquée, puisque toutes les données du tableau correspondent à cette quantité.
Le pourcentage de la valeur quotidienne (% VQ) constitue ensuite un repère simple : 5 % VQ ou moins, c’est peu; 15 % VQ ou plus, c’est beaucoup. Ainsi, 5 % ou moins de sodium ou de gras saturés peut être intéressant lorsqu’on cherche à en limiter l’apport, tandis que 15 % ou plus de fibres, de calcium, de fer ou de potassium peut être avantageux lorsqu’on souhaite en consommer davantage.
Une nuance demeure importante : « peu » et « beaucoup » décrivent une quantité; ils ne signifient pas automatiquement « bon » et « mauvais ». La portion consommée et l’ensemble de l’alimentation restent à considérer.
La liste des ingrédients apporte une information différente : les ingrédients y apparaissent en ordre décroissant de poids. Quant aux allégations présentes sur l’emballage, plusieurs sont réglementées, mais elles attirent nécessairement notre regard sur une caractéristique particulière du produit.
Premier réflexe à retenir : regarder l’ensemble plutôt que seulement l’élément que l’emballage nous invite à regarder en premier.
Depuis le 1er janvier 2026, les aliments préemballés visés par la réglementation qui atteignent ou dépassent certains seuils doivent porter sur le devant de l’emballage un symbole nutritionnel indiquant une teneur élevée en gras saturés, sucres et/ou sodium.

Pour la majorité des produits préemballés, le seuil correspond à 15 % de la valeur quotidienne ou plus. Des seuils différents s’appliquent notamment aux aliments dont la quantité de référence est petite et à certains plats principaux. La réglementation prévoit également des exemptions.
La loupe a donc une fonction précise : attirer rapidement notre attention sur une teneur élevée en un ou plusieurs de ces trois nutriments.
Et c’est précisément ainsi qu’elle gagne à être utilisée.
La loupe nous fournit une information ciblée; elle ne constitue pas une évaluation globale de l’aliment.
Elle ne nous dit pas tout ce que l’aliment apporte par ailleurs. Elle ne connaît pas davantage la quantité que nous consommerons réellement, la fréquence à laquelle nous le mangerons, ce qui l’accompagnera ou nos besoins individuels.
L’absence de loupe mérite elle aussi d’être interprétée avec prudence. Certains aliments sont exemptés de l’obligation de l’afficher. Son absence ne peut donc pas être interprétée comme une cote nutritionnelle favorable attribuée au produit.
Un aliment portant la loupe n’est donc pas automatiquement un aliment à bannir. Et l’absence de loupe ne constitue pas davantage un sceau attestant qu’un produit est « santé ».
Lorsqu’on compare deux produits semblables, elle peut en revanche attirer rapidement notre attention sur leur teneur en sodium, en sucres ou en gras saturés et nous inciter, au besoin, à pousser la comparaison plus loin.
La littérature scientifique sur l’étiquetage nutritionnel en façade suggère que ces systèmes peuvent influencer certains comportements d’achat et de consommation, bien que leurs effets varient selon le type d’étiquetage et le contexte étudié.
Un outil n’a pas besoin de constituer une vérité absolue pour être utile. Encore faut-il comprendre ce qu’il mesure.
Le principe est séduisant : on scanne un code-barres et, quelques secondes plus tard, notre téléphone attribue une note au produit.
Cette simplicité constitue à la fois la force et la limite de ce type d’application.
Prenons Yuka. Au moment d’écrire ces lignes, l’application explique que son évaluation des aliments repose sur trois composantes pondérées : 60 % pour la qualité nutritionnelle, 30 % pour les additifs et 10 % pour la dimension biologique. La composante nutritionnelle repose sur une méthode dérivée du Nutri-Score.
Voilà une information capitale pour interpréter le résultat.
Un 40/100 n’est pas une mesure universelle de la valeur santé d’un aliment. C’est le résultat d’un algorithme construit à partir de critères sélectionnés et pondérés selon une méthodologie donnée.
Une autre application pourrait retenir d’autres critères, leur attribuer un poids différent et parvenir à une appréciation différente du même produit.
Cela ne signifie pas que Yuka est inutile. Une application peut susciter la curiosité, amener à regarder certains nutriments ou ingrédients et faciliter une première comparaison. Mais une note très précise peut aussi donner une impression de certitude supérieure à ce que permet réellement l’outil.
Et surtout, Yuka et la loupe de Santé Canada ne répondent pas à la même question. La loupe est un symbole réglementaire canadien répondant à des seuils définis pour trois nutriments; Yuka produit une appréciation globale à partir de son propre système de critères et de pondération.
Avant de demander « Quelle note cet aliment obtient-il? », une question est donc peut-être encore plus utile :
« Qu’est-ce qui est mesuré, selon quels critères et est-ce pertinent dans ma réalité? »
Une application peut nous aider à poser de meilleures questions. Elle ne devrait pas penser à notre place.
Les protéines ont acquis une place particulièrement enviable sur les emballages : yogourts, laits, céréales, pains, boissons et collations se déclinent maintenant en versions « protéinées » ou « hyperprotéinées ».
Les protéines sont évidemment essentielles. Mais avoir besoin de protéines et avoir besoin d’un produit enrichi en protéines sont deux affirmations très différentes.
Les besoins varient notamment selon l’âge, l’activité physique, l’apport énergétique, l’état nutritionnel et certaines situations cliniques.
Avec l’âge, les besoins méritent une attention particulière. Plusieurs recommandations contemporaines situent les apports protéiques des personnes âgées en bonne santé autour de 1,0 à 1,2 g/kg/jour, notamment pour contribuer au maintien de la masse et de la fonction musculaires. Les besoins peuvent être plus élevés selon l’activité physique, l’état nutritionnel et certaines situations cliniques.
Chez les personnes physiquement actives et les athlètes, les besoins peuvent également être supérieurs à ceux de la population générale. Ils varient toutefois selon le type et le volume d’entraînement, les objectifs, l’apport énergétique et la situation individuelle.
Chez les adultes pratiquant l’entraînement en résistance, les données suggèrent que les bénéfices supplémentaires sur la masse musculaire tendent à devenir beaucoup plus modestes autour d’un apport total d’environ 1,6 g/kg/jour. Ce chiffre ne constitue toutefois pas un plafond universel : certaines situations, notamment un déficit énergétique ou des objectifs sportifs particuliers, peuvent justifier une approche différente.
Autrement dit, « plus » ne signifie pas automatiquement « mieux » — même lorsqu’il est question d’un nutriment essentiel.
Tous les produits mettant les protéines de l’avant ne se valent pas — et « plus riche en protéines » ne signifie pas nécessairement « inutile » ou « marketing ».

Un lait ou un yogourt plus riche ou concentré en protéines peut, par exemple, permettre d’augmenter facilement la densité protéique et nutritionnelle d’un repas ou d’une collation. Pour une personne ayant des besoins accrus, peu d’appétit ou simplement besoin d’une option pratique, cela peut constituer un choix tout à fait pertinent.
Pour d’autres produits, une question supplémentaire mérite d’être posée :
Qu’a-t-on fait au produit pour qu’il devienne « hyperprotéiné », et qu’apporte réellement cette transformation?
Ajouter des protéines à des céréales, une collation ou même des croustilles ne transforme pas automatiquement leur profil nutritionnel ni leur rôle dans l’alimentation. Dans certains cas, l’ajout répond à un véritable besoin fonctionnel. Dans d’autres, il permet surtout d’associer au produit un nutriment actuellement très valorisé par les consommateurs.
La présence de protéines supplémentaires constitue une caractéristique du produit, pas une garantie de supériorité nutritionnelle.
Avant de payer davantage pour une version « protéinée », quelques questions peuvent donc être utiles : Ai-je réellement besoin de davantage de protéines? Quelle quantité ce produit m’apporte-t-il? Par quel moyen cette teneur a-t-elle été obtenue? Qu’apporte le produit dans son ensemble? Et la différence de prix en vaut-elle la peine pour moi?
Au Canada, certaines allégations relatives aux protéines sont encadrées de façon plus complexe qu’on pourrait le croire.
La quantité affichée en grammes n’est pas le seul élément considéré pour pouvoir présenter certains aliments comme une « source de protéines » : la réglementation tient également compte de la qualité de la protéine, notamment de sa capacité à fournir les acides aminés indispensables et de sa digestibilité, selon la méthode utilisée.
Deux aliments apportant une quantité semblable de protéines ne sont donc pas nécessairement équivalents sur ce plan.
Nul besoin évidemment de calculer une cote protéique devant le rayon des yogourts! Mais cette particularité réglementaire nous rappelle quelque chose d’essentiel : même lorsqu’un chiffre en gros caractères attire notre attention, la quantité seule ne raconte pas toujours toute l’histoire.
Il n’est évidemment pas question de transformer chaque visite à l’épicerie en analyse nutritionnelle exhaustive.
Quelques questions permettent déjà de remettre beaucoup d’information en contexte :
Et finalement :
Est-ce un choix qui convient à mes besoins, à mes goûts, à mon budget et à mon quotidien?
Cette dernière question n’apparaîtra jamais sur une étiquette. Pourtant, elle compte énormément.
Une étiquette nous renseigne. La loupe de Santé Canada attire notre attention sur certaines teneurs élevées. Une application peut nous fournir une lecture supplémentaire. Une allégation sur les protéines peut signaler une caractéristique réellement intéressante.
Aucune de ces informations n’a toutefois besoin de devenir un verdict pour être utile.
Faire des choix éclairés, c’est apprendre à reconnaître quelle information nous est donnée, sur quelle base elle repose, ce qu’elle ne nous dit pas et si elle est pertinente pour nous.
Chez NutriSimple, nous croyons qu’une meilleure compréhension permet de faire des choix adaptés à sa réalité, sans culpabilité ni recherche de perfection.
Parce qu’au-delà du marketing, le meilleur outil demeure un jugement bien informé.
Pour des conseils personnalisés et adaptés à vos besoins, n'hésitez pas à prendre rendez-vous avec nos diététistes-nutritionnistes.
Le % de la valeur quotidienne (% VQ) permet d’évaluer rapidement si une portion contient peu ou beaucoup d’un nutriment. 5 % VQ ou moins, c’est peu; 15 % VQ ou plus, c’est beaucoup. Pour des nutriments que l’on cherche généralement à limiter, comme le sodium ou les gras saturés, un faible % VQ peut être avantageux. À l’inverse, un % VQ élevé peut être intéressant pour les fibres, le calcium, le fer ou le potassium. Il faut toutefois toujours tenir compte de la portion réellement consommée.
Non. La loupe indique simplement que l’aliment atteint ou dépasse le seuil réglementaire applicable pour les gras saturés, les sucres et/ou le sodium. Elle attire notre attention sur ces nutriments précis; elle ne constitue pas une évaluation globale de la qualité de l’aliment ni une recommandation de l’éviter systématiquement.
À l’inverse, l’absence de loupe ne signifie pas nécessairement qu’un produit constitue un meilleur choix. Certains aliments n’atteignent simplement pas les seuils prévus, tandis que d’autres peuvent être exemptés de l’affichage. La loupe constitue donc un repère parmi plusieurs, et non un système de classement des aliments.
Yuka peut être utilisé comme un outil d’information, mais sa note doit être comprise pour ce qu’elle est : le résultat d’un algorithme fondé sur des critères choisis et pondérés par l’application. Elle ne tient pas compte de l’ensemble des besoins nutritionnels, du contexte alimentaire ou de la situation individuelle d’une personne. Une note peut donc alimenter la réflexion, mais elle ne remplace ni la lecture de l’étiquette ni le jugement.
Pas nécessairement. Un lait ou un yogourt plus riche en protéines peut être pertinent lorsqu’on souhaite augmenter facilement la densité protéique et nutritionnelle d’un repas ou d’une collation. Pour d’autres produits, l’ajout de protéines peut surtout répondre à une tendance commerciale. Il vaut mieux se demander si l’on a réellement besoin de davantage de protéines, comment elles ont été ajoutées et ce que le produit apporte dans son ensemble.
Au Canada, les allégations relatives aux protéines sont réglementées. Pour certaines d’entre elles, le nombre de grammes de protéines ne suffit pas : la réglementation tient également compte de leur qualité au moyen d’une cote protéique. Voilà une autre raison de ne pas juger la valeur d’un produit uniquement à partir d’un gros chiffre affiché sur le devant de l’emballage.
Commencez par comparer la portion de référence, le tableau de la valeur nutritive, le % VQ et la liste des ingrédients. Les allégations, la loupe et les applications peuvent ensuite fournir des renseignements supplémentaires. Le meilleur choix dépend finalement de vos besoins, de la fréquence de consommation, de vos goûts, de votre budget et de l’ensemble de votre alimentation.
Prêt à faire des choix alimentaires qui vous ressemblent? Contactez NutriSimple dès aujourd'hui.
Changez votre vie en un seul clic!
Remplissez le formulaire ci-dessous et nous vous contacterons afin de fixer un rendez-vous au moment qui vous convient le mieux.