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Le trouble alimentaire « mâcher et cracher » ou le plaisir dans la bouche sans les calories ...

Le trouble alimentaire « mâcher et cracher » ou le plaisir dans la bouche sans les calories ...

Jusqu’à tout récemment, le trouble du comportement alimentaire « mâcher et cracher » était considéré comme extrêmement rare, avec moins d’un demi pour cent des adultes mentionnant vivre avec ce comportement. Or, selon une étude de 2019, publiée dans Journal of Treatment & Prevention, l’incidence de ce trouble est bien plus élevée que l’estimation initiale des experts. Encore plus inquiétant, on retrouve la plus grande prévalence chez une population jusqu’alors peu étudiée : les adolescents.

Cette étude de grande échelle, menée par des chercheurs australiens auprès de 5000 étudiants âgés de 11 à 19 ans, a permis de constater que 12,2 % des étudiants (10,2 % hommes vs 15,1 % femmes) ont signalé au moins un épisode hebdomadaire dans les 28 jours précédant l’étude.

 

Qu’est-ce que le « mâcher et cracher » ?

Les individus présentant ce trouble alimentaire mâchent et crachent des aliments qu’ils perçoivent généralement comme « mauvais ou interdits » parce qu’ils sont très savoureux et riches en énergie. Le « mâcher et cracher » s’apparente non seulement à « la compulsion alimentaire » puisqu’il implique de consommer une grande quantité de nourriture riche en calorie beaucoup plus importante que prévu, mais aussi à « la restrictive physique/cognitive », car les aliments ne sont pas avalés.  

Cette activité est souvent banalisée comme un régime par ceux qui le pratiquent. Toutefois, le « mâcher et cracher » est maintenant reconnu comme un comportement qui peut être observé dans tous les troubles de l’alimentation. En d’autres mots, un patient ayant une anorexie mentale pourrait présenter également le « mâcher et cracher ». Bien que ce trouble soit plus prévalent chez les adolescents, il semble aussi être présent chez les personnes ayant recours à une chirurgie bariatrique. 

 

Qu’est-ce que ses adeptes recherchent ?

Fondamentalement, le « mâcher et cracher » est un effort pour perdre du poids ou contrôler celui-ci en limitant la prise alimentaire. Les gens qui adoptent ce comportement le font pour goûter un aliment en particulier, mais le recrachent ensuite pour éviter d’ingérer les calories. Ainsi, ils évitent la frustration qui peut succéder une restriction alimentaire en mangeant ce qu’il leur tente réellement, mais sans en subir les effets sur leur tour de taille. 

 

La réalité des gens pratiquant le « mâche-crache » et ses dangers

Nombreux adeptes présentent également des symptômes s’apparentant à d’autres troubles du comportement alimentaire. Selon l’étude mentionnée précédemment, ce comportement était associé notamment à l’accès hyperphagique, l’abus de laxatifs, les vomissements et le jeûne. Encore plus inquiétant, ils avaient une qualité de vie inférieure en matière de santé et manifestaient une détresse psychologique plus importante : scores plus élevés pour les mesures relatives aux préoccupations de l’image de soi, à la préoccupation de la forme/du poids, à la dépression, à l’anxiété et au comportement obsessionnel compulsif. 

Cette pratique peut très facilement devenir pathologique et addictive en plus de provoquer de la honte menant éventuellement à l’isolement social. Beaucoup la décrivent comme un comportement compulsif et très difficile à arrêter. Ils témoignent aussi d’une obsession alimentaire, d’une haine de soi ainsi que d’une culpabilité qui augmenteraient proportionnellement avec l’ampleur de ce trouble. Au quotidien, ces grandes quantités de nourriture peuvent avoir des conséquences financières. À titre d’exemple, une femme ayant un stade avancé racontait que ce comportement pouvait occuper jusqu’à 6 heures de ces journées.  

De plus, on observe des effets secondaires semblables aux vomissements tels que le gonflement des glandes salivaires, des ulcères d’estomac, des problèmes dentaires (caries, érosion de l’émail) et des déséquilibres hormonaux. 

 

À ne pas confondre avec le mérycisme (rumination) !

Le mérycisme est un besoin incontrôlable de rappeler de manière volontaire dans la bouche la nourriture qui a été précédemment avalée. En d’autres termes, les aliments reviennent dans la bouche avec un peu de suc digestif pour une deuxième mastication puis sont avalés de nouveau. Un goût acide vient se mêler à la nourriture et c’est ce goût que les adeptes de ruminations aiment ou croient aimer. 

D’une part, on le dit volontaire parce que c’est un comportement qui a été appris par de la pratique, mais qui a été facilité par des dispositions physiologiques qui ne sont pas présentes chez tout le monde. 

D’autre part, il est involontaire dans le sens que la personne est dépassée par son comportement. Cette pratique peut facilement devenir addictive au point où la personne ne soit plus en mesure de faire le choix de ne pas ruminer. Des sentiments de culpabilité et de honte peuvent s’ensuivirent comme avec le « mâcher et cracher ». 

La raison expliquant un tel comportement est le double de plaisir en une bouchée ! Avoir l’impression qu’on peut prolonger un repas avec deux fois plus de satisfaction et l’assurance de ne pas ingérer plus de calories sont des catalyseurs de ce trouble. Sachez que les gens atteints de mérycisme présentent souvent une anorexie mentale ou une boulimie associée. Par contre, le mérycisme est rarement une complication de ces troubles alimentaires. Ainsi, ce comportement peut être considéré comme un trouble de l’alimentation à part entière.

 

En résumé, le « mâcher et cracher » ainsi que le mérycisme sont deux troubles qui nécessitent un suivi médical. Ce genre de comportements crée une forte dépendance et peut entraîner de graves effets secondaires mentaux et physiques, souvent associés à d’autres troubles de l’alimentation. 

Si vous vivez avec un trouble de comportement alimentaire, nous vous encourageons à chercher du soutien chez un médecin, un psychologue et un(e) nutritionniste-diététiste clinicien (ne) afin de faire la paix avec vous-même et la nourriture. 

 

Références

Amenajari. Comprendre le trouble de l’alimentation « mâcher et cracher ». (2020). (en ligne). [https://fr.amenajari.org/articles/eating-disorders/understanding-the-chew-and-spit-eating-disorder.html ]

Aouad P, Hay P, Soh N, Touyz S, Mannan H, Mitchison D. Chew and spit (CHSP) in a large adolescent sample: prevalence, impact on health-related quality of life, and relation to other disordered eating features. Eating Disorders 2020. https://doi.org/10.1080/10640266.2019.1695449

Rigaud. D. Le mérycisme : un comportement de dépendance fréquent dans l’anorexie et la boulimie. Association Autrement. (2010). (en ligne). [https://www.anorexie-et-boulimie.fr/articles-392-le-merycisme-un-comportement-de-dependance-frequent-dans-l-anorexie-et-la-boulimie.htm]

Source de l’image: Canva

 

Cette chronique a été rédigée par la stagiaire en nutrition de 4e année Lyna Hammouch et révisée par la conseillère scientifique de l'entreprise.

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